Les responsables du football béninois n'ont pas mis du temps pour tirer les leçons de la participation du Bénin à la dernière phase finale de la Coupe africaine des nations en Angola.
Leurs conclusions sont tombées le jeudi 4 février , sous la forme d'une décision de la Fédération béninoise de football qui dissout le onze national et met , dans la foulée , fin au contrat du sélectionneur national. Ce qui est frappant dans la décision de la Fédération, c'est que les joueurs et membres de l'encadrement technique concernés ont été nommément cités, y compris les médecins et kinésithérapeutes chargés de veiller à la bonne condition physique des joueurs.
Tous coupables !Au regard des motifs énoncés et dont on pourrait , de prime abord , penser qu'ils ne visent que les joueurs à qui on reproche l'indiscipline, le chantage à la prime, le manque de patriotisme , en un mot des surenchères systématiques, à l'occasion de chaque participation à la Can depuis 2006, qui ne tiennent pas compte des efforts financiers consentis par la gouvernement et en premier lieu son Chef le Président Boni Yayi. Au total, la décision du 4 février est la sanction d'une série de comportements, d'attitudes, de prises de positions enregistrées depuis quelques années par la structure faîtière du football béninois.
Le Ministère en charge du sport est solidaire de cette mesure radicale. Son premier responsable qui était de l'expédition angolaise a soutenu et justifié l'ensemble de griefs retenus contre capitaine Chrysostome et tous ses coéquipiers. Et le ministre Etienne Kossi ,sur une chaîne de radio internationale , s'est empressé de préciser que ce n'est pas le requiem du onze national mais plutôt le début d'une politique de remise en ordre, d'une réorganisation pour sortir enfin le football béninois de l'ornière. Dans cette optique, le patron du sport béninois annonce le principe d'un cahier de charges pour fixer désormais chaque candidat sur les modalités de son intégration à l'équipe nationale.
Depuis l'étranger, certains membres de l'équipe dissoute ont réagi : c'est le cas notable du capitaine Damien Chrysostome et de Romuald Boco. La surprise et surtout l'incompréhension sont perceptibles dans leurs déclarations. Manifestement, ils ne s'attendaient pas à cette extrémité. Et ils ont eu la sagesse de ne pas enclencher une polémique au sujet d'une situation appelée à connaître les semaines à venir des développements dont on peut estimer que chacune des personnes citées dans la décision constitue un paramètre dans la recherche des voies et moyens pour bâtir enfin une équipe nationale digne des efforts consentis. Ce serait en effet faire preuve de myopie intellectuelle que de considérer la décision de la FBF comme un aboutissement.
Ce doit être plutôt le début d'un débat responsable pour tirer les enseignements utiles de ces premières participations du Bénin à des phases finales de la coupe africaine des nations depuis 1960. En vérité, il serait trop facile de considérer Chrysostome, Sessegnon, Djidonou, Ahoueya et tous les autres comme de vulgaires chasseurs de prime, de fortes têtes qui n'apprécieraient pas à leur juste valeur les efforts de l' Etat béninois à leur endroit .
En effet ,les joueurs aujourd'hui indexés ont apporté leur contribution au réveil du football béninois depuis la Can junior 2004 à Cotonou. Les difficultés qui persistent pour faire de cette embellie une réalité durable doivent-elles être attribuées aux seuls joueurs et à leur encadrement technique ? La Fédération est-elle exempte de toute critique dans la politique de recrutement et de mise en place des éléments du Onze national ? En tout état de cause, il faut éviter de jeter le bébé avec l'eau du bain , car le sort del l'équipe nationale d'une discipline sportive qui fédère tant d'énergies et cristallise les aspirations et pulsions d'un peuple ne peut être traité de façon superficielle. On attend donc des dirigeants du football béninois ,à tous les niveaux , de conduire avec esprit de suite cette dynamique annoncée par leur décision de jeudi dernier.
Sans cette volonté, les acquis de ces dernières années – fussent-ils minimes avec trois participations à la Can – pourraient être perdus. Et le football béninois risque de retrouver les vieux démons de la division, en dépit de l'existence maintenant d'une ligue professionnelle.