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  Cybercriminalité au Bénin
Des jeunes séduits par l’arnaque sur internet
 
     
 
Détournés de leur vocation première qui est la promotion de la culture, des cybercafés deviennent des repaires de criminels
La cybercriminalité s’incruste au Bénin, détourne des jeunes de la scolarité normale et du travail sain, les plonge dans l’enrichissement illicite, la facilité, la vie de débauche et le culte de l’arnaque. Aujourd’hui au Bénin, on se complaît à regarder de loin cette nouvelle génération de braqueurs du net, parce que leurs victimes sont des gens de pays développés d’Europe et d’ailleurs. Mais cette délinquance voisine déjà la grande criminalité, puisque cette dernière peut s’en servir comme une nouvelle branche, moins dangereuse, mais efficace et surtout sans contrôle.
 
     
 
Date de publication : 04-02-2010
Auteur(s) / source : Léon Brathier
 
     
 
Il s’appelle Martin. il est un garçon intelligent, du moins ses professeurs au collège public où il a effectué un court séjour et une scolarité plutôt agitée, l’attestent. «Un garçon intelligent mais instable».
Une victime de ses fréquentations de jeunes de quartiers, habitués au fric- frac et autres débrouillardises, qui vont de l’assiduité dans les salles de jeux d’argent à l’habitude de rançonner les plus petits collégiens, sommés de faire la poche à leurs parents riches et peu regardants sur la manipulation de l’argent, au vol et recel de téléphones portables de passantes un peu trop distraites Bref, il fait partie des jeunes caïds des collèges pour qui, l’école est une perte de temps, dans une société où les comportements et l’étalage de l’aisance, font croire aux jeunes gens pauvres ou de familles modestes que le gros argent doit se gagner dans la facilité et non dans le dur labeur.
Ils n’en ont pour preuves que les difficultés éprouvées par des gens de leurs entourages ou des parents qui n’arrivent pas à s’affranchir de la précarité financière, alors qu’ils ont fait de bonnes études, amassé des diplômes, acquis des compétences ou des expériences incontestées dans leurs professions.
Dans le même temps, quelques cancres de la classe trouvent des raccourcis pour vite améliorer leur niveau d’aisance matérielle : voitures, maisons, motocyclettes à la mode, les derniers cris en prêt à porter. Autrefois, le circuit du transit et des « venus de France » (voitures, réfrigérateurs et autres matériels domestiques) était le miroir aux alouettes pour bien de ces jeunes, parce qu’ils observent que d’autres débrouillards, qui travaillent dans cette branche ou en marge, s’en sortent apparemment bien, dans la triade : femme, voiture, villa.
Le rêve plein la tête, la facilité comme mode de fonctionnement, des jeunes comme Martin sont toujours à la recherche de gains faciles et d’arnaques pour vite s’enrichir. Le vol, le recel, la vente de stupéfiants vont les amener souvent tout près de la grande délinquance, et en prison pour ceux qui ont eu, une fois, la malchance de se faire prendre.
Internet, c’est leur nouvel eldorado, une mine d’or où on peut tendre le piège au premier naïf appâté par des approches éprouvées. Aujourd’hui, Martin et les jeunes, avec qui il a constitué un club de frimeurs et de fêtards, ont trouvé un terrain « propre » d’opération : la cybercriminalité. Ils disent que l’eldorado leur est venu d’amis nigérians qui seraient des spécialistes de l’arnaque internationale et qui leur démontrent chaque jour, qu’on peut vite s’enrichir au détriment de quelques « idiots » qui se font plumer sur le net.
Tristes et inquiétants "Robins des bois" Pour ces cyber-délinquants, leur maîtres nigérians justifieraient leur turpitude par cette boutade : « Les Blancs ont spolié et continuent de spolier toutes nos richesses en Afrique, et il n’y a aucune mauvaise conscience à avoir, de les dépouiller en retour, des richesse qu’ils se sont constituées sur le dos de nos aïeux ». Belles justifications de « R obin des bois » de la délinquance moderne ; sauf qu’eux, prennent chez leurs victimes blancs pour leurs propres poches et souvent pour des dépenses peu productives.
Ah, j’oubliais ! Certains se défendent en estimant que le stress enduré pour une arnaque vaut bien une agape ou un cadeau de luxe, pour frimer et «pêcher» les jeunes filles. Paraîtrait qu’elles sont très vite séduites par la fameuse moto japonaise, à laquelle les jeunes vouent une adoration sans borne, les «Dream».
Une moto qui devrait battre les records de motocyclettes volées. Martin et ses amis, « nouveaux riches » sont de gérants de cyber, disent-ils, mais derrière ils sont de véritables braqueurs sur le net. Paraît-il qu’au-delà de petites affaires qui produisent, à la semaine ou au mois 200 mille fcfa, il y a des Nigérians et des Béninois « experts » qui dépassent plusieurs millions. Fanfaronnade ou réalité ?
Ces propos tenus, avec un certain sérieux, et sans remord, montrent que cette criminalité est en somme la plus dangereuse par ses effets de mode et les justifications que les jeunes trouvent à leur dérive.
D’ailleurs, ils déambulent au grand jour, changeant de motos neuves, du jour au lendemain, sans que la société et leur entourage familial, ne s’interrogent sur l’origine de ces aisances matérielles subites et ostentatoires.
 Il est vraique la plupart de ses petites fortunes subites sont des feux de paille, les garçons étant trop dépensiers dans la boisson et les nanas ; mais d’autres entreraient dans le circuit du blanchiment et donc des bonnes affaires. Devant cette nouvelle criminalité, par laquelle des jeunes comme Martin constitue une contagion pour toute la jeunesse oisive, qui recherche le gain facile, et pour qui le crime par le cyber n’apparaît pas comme un véritable crime, n’y a-t-il pas des raisons de s’inquiéter pour l’avenir d’une certaine jeunesse prise dans le tournis du matérialisme ?
C’est même valorisant aujourd’hui, dans ces milieux de jeunes, de prouver qu’on a mis son intelligence moderne au service de son épanouissement matériel, futil de façade.
 Malheureusement, notre société ne mesure pas encore toute la gravité de cette nouvelle délinquance et regarde même, avec étonnement, dédain mais envie, ces « richesses » soudaines. Les autorités, elles, n’en font pas encore une priorité, et les structures mises en place ne semblent pas davantage bien outillées ou engagées dans le contrôle systématique des cybers dont certains clandestins ou plateformes techniques pour les arnaques, s’installent à l’abri des regards dans certains quartiers. L’Education nationale, la société civile et les ministères compétents devraient faire de la cybercriminalité un problème important de la société, pour la promotion d’une jeunesse réconciliée avec les valeurs sociales sûres et leur insertion dans la société. 
 
 
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