Tronçons impraticables, manque de maintenance, dégradation rapide... bien des artères de Cotonou sont dans un état peu reluisant. Vieilles de quelques décennies ou plus récentes, les infrastructures routières et structures d’assainissement se détériorent à un rythme effréné. Pendant que le gouvernement fait de l’érection d’infrastructures routières modernes une priorité et un des piliers du Changement, la Mairie de Cotonou, responsable de l’entretien de la grande partie des tronçons municipaux, attire le mécontentement de la population notamment pendant la saison des pluies. «Si rien n’est fait, les rues de Cotonou risquent d’être à l’image de celles de Lagos, on aura de très belles rues, on aura investi des milliards pour les construire mais c’est l’entretien qui va manquer », se plaint un Cotonois. D’autres, habitants des quartiers inondables, ont le sentiment d’être des oubliés, malgré les dispositions prises chaque année par la Municipalité et les programmes mis en route pour réduire les effets des inondations. La mairie ne fait-elle pas assez, ou n’a-t-elle pas les moyens suffisants pour en faire plus? Autant de préoccupations abordées par Basile Gbaguidi, Directeur des services techniques de la Mairie, qui nous a entretenus sur l’organisation mise en place par la Municipalité pour faire face à ces problèmes récurrents.
BASILE GBAGUIDI
« Malheureusement, on ne voit que ce qui n’est pas fait »
Comment s’organise la Mairie pour entretenir les voies urbaines à Cotonou?
Au niveau des voies urbaines à Cotonou, nous avons un linéaire total de 200 km. Ces voies urbaines sont composées sur le plan de la classification de deux types de réseaux : le réseau national qui tourne à peu près autour de 49- 50 km, le reste du réseau est à la charge de la Mairie de Cotonou. A l’intérieur de ce réseau, nous avons deux types de structures : les voies revêtues et les non-revêtues. Les voies revêtues font à peu près 13% de l’ensemble du réseau. A l’intérieur de ces voies revêtues, nous avons des voies pavées et des voies bitumées. Pour y faire face, vu la spécificité du réseau national, nous n’avons pas à charge l’entretien lourd. C’est-à-dire que s’il y avait des dégradations des structures, de la chaussée, ce n’est pas de notre ressort. Mais tout le reste à savoir l’entretien courant, le nettoyage, l’entretien des ouvrages d’assainissement qui y sont attenants, les arbres d’alignement, les espaces verts, les feux tricolores, la signalisation horizontale, même l’éclairage public -qui ne devait pas être de notre ressort- nous incombent sur ce réseau. Sur le réseau revêtu qui est le nôtre, nous faisons tout ce que j’ai cité plus haut. Au sujet des voies en terre, dont le linéaire est plus important aujourd’hui, nous faisons des rechargements annuels sur certains réseaux et le reprofilage sur beaucoup d’autres. Mais concernant tout ce dont j’ai parlé, que ce soit des voies revêtues ou des voies en terre, c’est sur la base des programmes que nous identifions un an à l’avance et évaluons les besoins avant de faire une proposition pour le budget. En termes clairs, par exemple pour les voies revêtues, il y a des opérations d’inspection périodiques qui nous permettent de faire des relevés des dégradations qu’on évalue avant de faire une proposition pour le budget. S’agissant des voies en terre, c’est surtout sur la base des demandes qui sont faites par les populations à travers les Chefs d’Arrondissement. Les priorités sont établies en fonction du budget de la Mairie. Lorsque l’évaluation est faite, nous voyons l’état des disponibilités financières auprès du service financier. En cas d’indisponibilité, nous sommes amenés à revoir nos priorités pour rester dans les prévisions budgétaires. A la suite de cette étape, il y a bien sûr les dossiers de consultation d’appels d’offre qui sont rédigés puis envoyés à la cellule de passation des marchés de la Mairie qui, à son tour, compte tenu du coût des travaux, les transmet à la Direction nationale des marchés publics qui contrôle, donne son avis, fait des observations avant de retourner les mêmes dossiers que nous corrigeons, s’il y avait des observations, avant d’avoir le « Bon à lancer ». Ce n’est que quand le «Bon à lancer » est apposé sur un des documents que la Cellule de passation lance son appel d’offres. Les prestataires soumissionnent, il y a ensuite ouverture des plis, dépouillement, jugement etc. Les résultats provisoires sont à nouveau envoyés à la Direction nationale des marchés publics qui à son tour revérifie, fait à nouveau des observations, s’il y a lieu, ou approuve. C’est quand le dossier est approuvé qu’il revient à la Mairie où la Cellule de passation est appelée à envoyer le dossier à l’autorité de tutelle qui est le Préfet, qui donne enfin son visa. C’est à partir de cette étape que le marché devient exécutoire. C’est donc une procédure assez longue, assez lourde et ce n’est qu’après que démarrent par exemple les travaux de curage, de balayage etc. Pour les rechargements c’est pareil. Pour le reprofilage c’est un peu moins lourd ; nous procédons à des consultations et puis comme c’est des engins que nous louons, nous désignons ensuite des prestataires qui vont approvisionner les chantiers en sable.
Approximativement, à combien reviennent toutes ces charges à la Mairie ?
Ça varie. Les besoins sont énormes. Quand vous mettez les besoins à côté de ce qui est pris en charge par le budget, le décalage est énorme. En guise d’exemple, pour les voies pavées, certes il y a beaucoup de dégradations pour 2008. On a eu à faire des travaux jusqu’à 49 millions. Mais il faut dire que du point de vue des besoins en matière de réfection, parce qu’il y a encore des parties qui sont défoncées et des dégradations qui s’observent au fur et à mesure, les besoins exprimés faisaient pratiquement le double de ce qu’on a réalisé. Si je prends par exemple la réalisation des voies bitumées, là on n’a pas beaucoup de voies sous notre responsabilité, il y a eu beaucoup d’interventions cette année notamment en matière de réhabilitation. On a dû avoir l’appui du Fonds routier qui nous a aidés à boucher certains trous. Le réseau revêtu à notre charge n’étant pas en bitume, de ce point de vue, on peut constater que le montant est un peu plus faible, comparativement.
Il est aisé de constater dans la ville que les caniveaux sont défoncés et abandonnés ; quelles sont les mesures prises par la Mairie pour remédier à cette situation ?
Malheureusement, on ne voit que ce qui n’est pas fait. C’est ce qui est dommage. Tous les jours, à force de circuler sur nos voies, elles sont de plus en plus sollicitées, elles se dégradent ainsi de suite. Et puis il y a les effets de l’inondation. On remarque malheureusement que des gens qui veulent régler des problèmes ponctuels, enlèvent les pavés ou cassent les caniveaux. Ils pensent ainsi faire circuler l’eau plus rapidement mais ils font sans le savoir des dégâts coûteux et abîment les infrastructures. Tous les ans, nous faisons des travaux de réfection de ces parois, il faut dire aussi qu’il y en a qui datent des années 1963 et même plus. Si je prends l’exemple du collecteur F de Joncquet, le premier collecteur construit à Cotonou, il date de l’époque coloniale. Donc c’est des réseaux qui se dégradent et comme c’est dans des zones ensablées, quand il y a des fissurations, il y a des dépôts de matériaux ; si bien que les parois s’affaissent. Donc nous prenons des dispositions, comme on fait sur les voies, de relever ces dégradations et en fonction de la disponibilité budgétaire, nous les réparons. On n’arrive pas à tout couvrir mais il y a des actions. Prenez les collecteurs A et B et vous verrez qu’il y a des parois qui ont été réfectionnées. Tout n’est pas encore fait, mais tout est –comme je vous le dis- fonction de la disponibilité budgétaire.
Les pluies s’annoncent pour bientôt, quelles dispositions pratiques envisage la Mairie pour ne serait-ce qu’atténuer les désagréments habituellement subis par les Cotonois ?
Ces désagréments ne peuvent pas être évités. Si vous voulez les éviter, quittez les bas-fonds ou mettons de l’argent pour aménager ces bas-fonds. Il s’agit d’une question de moyens. Vous ne pouvez pas être dans la maison et dire que l’eau ne va pas arriver, si vous me permettez de parler ainsi. Il y a beaucoup d’efforts qui sont en cours. Et on doit reconnaître que le réseau d’assainissement de Cotonou a beaucoup évolué. Certes on n’a pas encore atteint le niveau qu’on doit atteindre mais aujourd’hui, on dépasse quand même plus de 300 km de réseau. Mais les zones qui nous posent des problèmes, ce sont les zones où il n’y a pas encore d’équipements de drainage alors qu’il faut des ressources pour le faire. Il y a quelques cas isolés qui font l’objet de grogne pendant la saison des pluies notamment l’entrée du calvaire de Fidjrossè, Hlazounto, vers Sainte-Rita. Le cas de Fidjrossè, est encore le fait du comportement de l’homme, de nous-mêmes. C’est les habitants eux-mêmes qui bouchent le passage de l’eau. En attendant de dégager les gens, la Mairie et la Direction du Ministère chargé de l’urbanisme, spécialisée dans l’urbanisme sont en train de voir comment relever la voie, prendre des dispositions pour que les eaux puissent couler correctement. L’étude est lancée, elle est en cours et nous espérons que nous allons y arriver avant que la saison des pluies ne s’installe. Au niveau de Hlazounto, vous savez que les eaux d’Agla-sud coulent vers ce point ; mais les populations qui sont du côté sud ont bouché la sortie de l’ouvrage et ne veulent pas du tout être envahies par les eaux des autres. Là également, nous sommes en réflexion pour voir si au niveau de l’Etat on peut avoir des ressources pour continuer l’ouvrage et drainer les eaux plus loin, afin d’éviter cette situation de stagnation d’eau que nous constatons sur cette voie. C’est pareil pour Sainte Rita. Il est question de construire un autre ouvrage pour faciliter l’évacuation des eaux. Mis à part ces problèmes qui sont ponctuels sur des voies, sur certaines parties du réseau vierge, il y a des opérations de curage que nous faisons à travers le programme les 3CI : Cotonou en campagne contre les inondations. Ça a été lancé d’ailleurs la semaine dernière par le troisième adjoint au Maire, et pour les opérations de curage, les appels d’offres sont lancés, la commission de passation est en train de faire son travail. Donc nous espérons que tout sera mis en place pour que au plus tard fin Mars on puisse démarrer. Je suis obligé de donner des marges comme ça parce que la procédure prend du temps, c’est des choses qui sont prescrites par le code des marchés et que nous sommes obligés de respecter. Les autres opérations de rechargement seront poursuivies. Ce sont des opérations qui sont pratiquement des opérations permanentes. J’ai vu un reportage dans un quartier où des opérations de curage étaient en cours et où les gens disaient que la Mairie les avait abandonnés. Les populations se plaignent mais nous on voudrait bien aller curer les caniveaux à intervalles réguliers, mais c’est un problème de moyens qui se pose. Je tiens à souligner que la Mairie ne laisse aucun arrondissement pour compte.
Un mot de fin ?
Mon mot de fin c’est que le développement municipal, c’est l’affaire de tout le monde. J’ai l’habitude de dire que vous avez beau être un Chef de l’Etat, un Ministre ou un Député et si vous venez d’un quartier qui a des besoins basiques, vous devriez à votre niveau mettre du vôtre pour que ces besoins soient satisfaits, parce que cela participe du bien-être commun. C’est vrai qu’on veut tout capitaliser politiquement, mais en faisant du bien sans calcul, les populations le reconnaissent toujours.